À première vue, Kena: Bridge of Spirits semblait appartenir à la famille des aventures merveilleuses, celles où les forêts luxuriantes, les petites créatures attendrissantes et les personnages animés évoquent davantage un film fantastique qu'un récit douloureux.

Cette apparence cachait pourtant un univers profondément marqué par la perte. Le premier jeu d'Ember Lab demandait à son héroïne d'accompagner des esprits incapables d'abandonner leurs regrets. Derrière les paysages enchanteurs, il était question de deuil, de souvenirs et de souffrance.

La suite entend pousser cette idée dans une direction plus personnelle.

Le 1er octobre 2026, Ember Lab a confirmé que Kena: Scars of Kosmora, initialement attendu cette année, sortirait finalement en 2027. Le studio a accompagné cette annonce d'une présentation consacrée à l'histoire et à l'univers de son prochain jeu.

La nouvelle est importante pour le calendrier de PlayStation, mais les révélations narratives méritent autant d'attention que le report lui-même.

Quand celle qui soigne les autres doit se regarder elle-même

Kena a grandi depuis les événements de Bridge of Spirits.

Elle est désormais une guide des esprits reconnue, habituée à combattre les manifestations de corruption qui apparaissent lorsque les morts ne trouvent pas le repos.

Cette responsabilité lui a donné de l'expérience. Elle lui a également permis de se consacrer presque entièrement aux problèmes des autres.

Or, selon Ember Lab, Kena commence à comprendre qu'elle a négligé ses propres blessures. Sa connaissance de la souffrance des morts ne lui a pas appris à résoudre toutes celles des vivants.

Cette opposition donne à Scars of Kosmora une orientation intéressante. Le premier épisode reposait principalement sur la rencontre avec les souvenirs et les regrets de personnages extérieurs. La suite pourrait déplacer davantage cette réflexion vers son héroïne.

L'objectif n'est plus seulement de réparer ce qui est brisé autour de soi, mais de comprendre pourquoi certaines blessures personnelles persistent malgré le temps.

Orfio, le lien avec une vie antérieure

L'aventure commence par un voyage vers Kosmora, une île mystérieuse qui pourrait contenir les réponses recherchées par Kena.

Son ami d'enfance Orfio joue un rôle décisif dans ce déplacement. C'est lui qui pense que ce territoire permettra à la jeune femme de mieux comprendre son passé et son avenir de guide spirituelle.

Le détail est révélateur : au lieu de présenter immédiatement un nouveau royaume à sauver, le récit donne à Kena une motivation intime.

Elle rejoint un lieu inconnu parce que quelqu'un qui la connaissait avant qu'elle ne devienne une figure reconnue lui indique une piste.

Orfio représente ainsi un lien avec une partie de sa vie dont les spectateurs du premier jeu connaissent encore peu de choses.

Ember Lab ne révèle pas toutes les réponses que Kosmora apportera. Le studio conserve notamment le mystère entourant l'affection qui accompagne Kena depuis son enfance.

Quatre cultures et une catastrophe oubliée

Kosmora possède sa propre mémoire.

L'île abritait autrefois quatre cultures étroitement liées. Chacune trouvait une partie de son identité dans un élément naturel, utilisé comme principe spirituel et social.

Un cataclysme a détruit l'une de ces civilisations. Les autres ont continué d'exister, mais les connaissances qui organisaient autrefois leurs relations se sont progressivement perdues.

Cette histoire donne au monde une profondeur qui dépasse l'opposition traditionnelle entre une héroïne et une force maléfique.

Les habitants de Kosmora vivent avec les conséquences d'un passé qu'ils ne comprennent plus entièrement. Les traditions subsistent, mais leur signification s'est transformée au fil des générations.

Kena devra rencontrer plusieurs communautés, découvrir leurs différences et comprendre comment cette catastrophe ancienne continue d'influencer leurs difficultés.

On retrouve ici un thème cher au premier épisode : ce qui n'a pas été résolu finit par se transmettre, parfois sans que ceux qui en héritent comprennent véritablement son origine.

Les temples racontent une spiritualité disparue

Les temples alchimiques occupent une place centrale dans cette histoire.

Ember Lab explique qu'ils sont liés à une ancienne discipline de guide spirituel, fondée sur la manipulation des quatre éléments.

Ces constructions ne sont pas seulement des lieux de combat ou des espaces remplis d'énigmes. Elles incarnent les traces d'un savoir qui s'est progressivement effacé.

Dans le jeu, leur exploration permettra d'obtenir des récompenses capables de transformer les aptitudes de Kena. Dans le récit, ils constituent aussi un moyen de comprendre ce qui unissait les anciennes cultures de Kosmora.

Cette association entre progression et mémoire du monde est particulièrement cohérente avec la franchise. La découverte d'un pouvoir peut devenir simultanément une avancée dans le jeu et une révélation sur l'histoire.

Un compagnon qui appartient lui aussi à l'histoire

Le nouveau compagnon de Kena attire immédiatement l'attention.

Grande créature canine au corps cristallin, il accompagne l'héroïne dans son voyage et lui permet de parcourir les régions de Kosmora plus rapidement.

Sa fonction va toutefois au-delà de celle d'une monture.

Ember Lab confirme qu'il peut aider au combat et à la résolution des énigmes alchimiques. Le studio précise également que cette créature possède un lien direct avec les origines mystérieuses de l'île.

Le compagnon pourrait ainsi devenir un point de rencontre entre les besoins pratiques de l'aventure et les secrets du récit.

Les détails de ce lien ne sont pas encore révélés. Mais sa présence témoigne déjà d'une volonté de faire participer les créatures fantastiques à la progression de l'histoire, plutôt que de les réduire à un simple rôle décoratif.

Le merveilleux comme langage du deuil

La force de l'univers de Kena tient en partie à son contraste entre la douceur visuelle et les sujets abordés.

Ses personnages possèdent des silhouettes expressives, ses environnements sont baignés de couleurs et les compagnons spirituels peuvent évoquer de petites créatures de conte.

Mais la corruption qui menace ces paysages naît de sentiments beaucoup moins légers : le regret, la souffrance et l'incapacité à accepter certaines pertes.

Ce mélange donne à la franchise une personnalité particulière. Elle n'oppose pas simplement le bien lumineux au mal obscur ; elle utilise des images fantastiques pour représenter des blessures émotionnelles.

Dans Scars of Kosmora, cette dimension semble devoir prendre davantage de place puisque l'héroïne elle-même devient l'un des sujets de cette guérison.

Un projet plus grand, mais toujours centré sur ses personnages

Ember Lab promet une aventure plus ambitieuse que Bridge of Spirits. L'île sera plus vaste, les régions plus nombreuses et l'exploration plus développée.

Pourtant, le studio ne revendique pas un basculement vers un monde ouvert intégral.

Ses créateurs définissent toujours le jeu comme une aventure linéaire centrée sur les personnages. Cette précision est importante : l'agrandissement du monde ne doit pas nécessairement se traduire par une dilution du récit.

La question sera plutôt de savoir si ces environnements supplémentaires parviennent à donner davantage d'espace aux personnages et aux cultures de Kosmora.

C'est notamment sur cet équilibre que se jouera la capacité de la suite à dépasser le premier épisode.

Le report à 2027, une promesse encore à concrétiser

Ember Lab explique avoir besoin de davantage de temps pour peaufiner cette expérience plus importante.

Le studio ne fournit pas de date de lancement précise. Il confirme seulement une sortie en 2027 sur PlayStation 5 et PC.

Il serait prématuré d'en conclure que le résultat sera nécessairement supérieur au premier jeu. Une annonce de report renseigne sur les intentions du développeur, pas sur la qualité finale d'une œuvre encore en production.

En revanche, la présentation du 1er octobre clarifie l'ambition narrative d'Ember Lab.

Là où Kena: Bridge of Spirits racontait les blessures des autres, Scars of Kosmora veut aussi explorer celles que son héroïne porte depuis longtemps.

Le voyage vers cette nouvelle île ne sera donc pas seulement géographique. Kena part à la recherche d'une partie d'elle-même qu'elle n'a jamais réellement eu l'occasion de comprendre. Et dans cet univers où les souvenirs peuvent littéralement corrompre la nature, cette quête personnelle pourrait bien être le défi le plus difficile de son parcours.