David Zimmerman approche de la quarantaine. Il est photographe, vit presque retiré du monde et accepte un soir de suivre des amis dans une fête. Une femme attire son attention. Il l'observe, la suit, puis se réveille quelques heures plus tard dans son corps. Niels Schneider joue David avant le basculement ; Léa Seydoux prend ensuite en charge cette présence qui ne correspond plus au visage que les autres personnages voient.
Arthur Harari part donc d'une mécanique fantastique immédiatement compréhensible, ce qui lui permet de ne pas passer son temps à en expliquer les règles. À Cannes, le réalisateur insistait davantage sur le problème de croyance posé par la mise en scène : faire sentir qu'un homme habite ce corps de femme sans transformer l'actrice en démonstration technique permanente.
Le Cas David Zimmerman était déjà une histoire de regard
L'Inconnue adapte Le Cas David Zimmerman, le roman graphique conçu par Arthur Harari avec son frère Lucas Harari. Le scénario du film est signé par les deux frères avec Vincent Poymiro. La photographie occupe une place particulièrement logique dans ce passage vers le cinéma : David regarde d'abord l'inconnue à travers son appareil avant de perdre précisément la position depuis laquelle il observait le monde.
Harari a expliqué que cette première rencontre devait beaucoup à Blow-Up de Michelangelo Antonioni et à son idée d'un regard qui peut devenir prédateur. Le film prend ensuite un chemin moins confortable. Celui qui regardait se retrouve regardé, dans un corps qu'il ne connaît pas et que les autres continuent à interpréter sans savoir ce qui s'est produit.
Léa Seydoux et Niels Schneider doivent vendre l'impossible
C'est probablement là que L'Inconnue prend son risque principal. Une histoire de transfert d'identité peut se contenter de codes très lisibles : gestes copiés, voix caricaturées, petits signes destinés à rappeler sans cesse qui est qui. Harari cherchait au contraire quelque chose de plus physique et moins explicatif.
Le réalisateur a raconté à Cannes que Schneider et Seydoux avaient travaillé de façons très différentes. Schneider a construit davantage son personnage par la composition, tandis que Seydoux s'est appuyée sur une approche moins démonstrative. Le pari reste pourtant le même pour les deux : le spectateur voit un corps et doit progressivement accepter une autre identité à l'intérieur.
La caméra de Tom Harari participe à ce trouble sans transformer Paris et sa périphérie en décor abstrait. Arthur Harari disait avoir eu peur d'un film trop statique, précisément parce que plusieurs personnages sont enfermés dans des espaces et dans leurs propres perceptions. Il voulait au contraire traverser le thriller, l'enquête, l'angoisse et le mélodrame sans laisser le récit s'immobiliser dans son idée de départ.
Cannes n'a pas donné de prix au film, le Jean Vigo si
L'Inconnue a été présenté en compétition officielle au Festival de Cannes en mai. Il n'est pas reparti avec un prix du palmarès cannois, mais sa trajectoire française a continué quelques semaines plus tard : le 6 juillet, Arthur Harari a reçu le Prix Jean Vigo 2026 du long métrage ex aequo avec Gustave Kervern pour Voilà, c'est fini.
Le choix n'est pas anodin pour ce film-là. Le Jean Vigo distingue traditionnellement des œuvres pour leur singularité et l'indépendance de leur geste, et le jury a retenu cette année deux longs métrages plutôt que d'en départager un seul.
Le premier film d'Arthur Harari depuis Onoda
L'Inconnue marque surtout le retour d'Harari à la réalisation d'un long métrage cinq ans après Onoda, 10 000 nuits dans la jungle. Entre les deux, son nom a pris une autre dimension grâce à Anatomie d'une chute, écrit avec Justine Triet et récompensé par l'Oscar du meilleur scénario original en 2024.
Il revient avec un film beaucoup moins facile à résumer que son pitch ne le laisse croire. Valérie Dréville, Shanti Masud, Radu Jude, Jonathan Turnbull, Lilith Grasmug et Victoire Du Bois complètent le casting. Pathé sort L'Inconnue en France le 26 août, avec une interdiction aux moins de 12 ans.