Un scénario terminé, mais aucun tournage annoncé

Quentin Tarantino a donné des nouvelles de son prochain film, et elles sont à la fois encourageantes et frustrantes pour ceux qui attendent son retour derrière une caméra. Le réalisateur confirme avoir écrit un scénario qu'il apprécie. Il ne révèle cependant ni son titre, ni son histoire, ni les acteurs qu'il imagine pour l'interpréter. Surtout, il n'annonce aucun calendrier de production.

La précision est venue de son passage dans The Graham Norton Show, diffusé sur BBC One le 16 octobre 2026. Dans des déclarations reprises par Variety et Première le 18 octobre, Tarantino explique vouloir d'abord se consacrer au théâtre, puis passer du temps avec sa famille avant de décider de sa prochaine étape. Son discours n'a rien d'une promesse de tournage imminent.

Il faut donc distinguer deux faits. Un nouveau scénario existe, d'après son auteur, et celui-ci se dit satisfait de ce qu'il a écrit. En revanche, rien ne prouve que ce texte soit entré en production ou même que Tarantino ait définitivement décidé d'en faire le film qui clôturera sa carrière de réalisateur.

La différence est particulièrement importante dans son cas. Depuis plusieurs années, chaque déclaration sur son dixième film prend les proportions d'une annonce majeure. L'œuvre est attendue moins comme un nouveau long métrage que comme une conclusion à une filmographie devenue l'une des plus commentées du cinéma contemporain.

Tarantino semble précisément décidé à ne pas laisser cette attente lui imposer un rythme.

Le poids d'un dernier film annoncé depuis des années

Le cinéaste évoque depuis longtemps son intention de s'arrêter après dix longs métrages réalisés. Cette limite n'est pas une décision prise par un studio ni une obligation contractuelle. Elle relève d'une conception très personnelle de sa carrière et de la manière dont il souhaite laisser son œuvre à la postérité.

Dans son propre décompte, Kill Bill: Vol. 1 et Kill Bill: Vol. 2 forment un seul film, ayant été conçus comme une œuvre unique avant leur distribution en deux parties. Once Upon a Time... in Hollywood, sorti en 2019, constitue ainsi son neuvième long métrage. Le prochain serait le dixième, du moins s'il maintient cette convention et son projet de retraite.

Cette volonté a souvent suscité l'incompréhension d'autres cinéastes. En juillet 2026, Christopher Nolan disait à The Telegraph, dans des propos repris par Variety, espérer que Tarantino ne respecterait finalement pas son engagement. Nolan défend une manière différente d'envisager la création : réaliser chaque film avec la même exigence sans décider à l'avance du nombre d'œuvres qui composeront une carrière.

Le désaccord est révélateur. Pour Tarantino, la filmographie peut être pensée comme un ensemble clos, dont la forme générale compte autant que chacune de ses parties. Pour d'autres réalisateurs, la création reste un processus ouvert, qui ne devrait pas être soumis à une limite volontaire.

La nouvelle déclaration ne tranche pas ce débat. Elle rappelle seulement que Tarantino n'est pas prêt à consacrer immédiatement les prochaines années de sa vie au film qui pourrait devenir son dernier.

The Movie Critic, le précédent projet abandonné

Cette prudence n'est pas totalement nouvelle. Avant le scénario dont il vient de confirmer l'existence, Tarantino avait envisagé The Movie Critic comme dixième long métrage. Le projet devait notamment se dérouler dans le milieu de la critique cinématographique des années 1970.

Le réalisateur a finalement renoncé à le tourner. Il avait expliqué ne plus ressentir suffisamment d'enthousiasme pour cette histoire, en partie parce que la recréation du Los Angeles d'une autre époque lui paraissait trop proche du travail déjà accompli sur Once Upon a Time... in Hollywood.

Cet abandon constitue un élément essentiel pour comprendre les informations actuelles. L'existence d'un scénario achevé ne signifie pas que Tarantino s'interdit de le revoir ou de lui préférer un autre projet. Il a déjà montré qu'il pouvait renoncer à un film envisagé comme sa conclusion.

Aucune source vérifiée ne permet d'affirmer que le nouveau texte serait une version remaniée de The Movie Critic. Son sujet reste inconnu. Le présenter comme le retour discret de ce projet abandonné reviendrait à transformer une possibilité imaginaire en information factuelle.

Le seul élément solide demeure la satisfaction exprimée par Tarantino au sujet de son écriture. C'est une étape réelle, mais pas encore une promesse cinématographique.

Avant le cinéma, Tarantino veut conquérir le West End

La priorité immédiate du cinéaste porte un titre : The Popinjay Cavalier. Cette première pièce écrite et mise en scène par Tarantino doit être présentée au Phoenix Theatre de Londres à partir du 23 février 2027. Les représentations actuellement programmées s'étendent jusqu'au 13 juin.

Sacha Baron Cohen y incarnera Rupert Sebastian Thomas Jr., un acteur se rendant dans le Paris des années 1830 pour se produire à la Comédie-Française. Ses propos imprudents sur les Français doivent entraîner une succession de mésaventures, dans une histoire de déguisements, de tromperies et de combats à l'épée.

Le projet est produit par Sonia Friedman Productions et Sony Pictures Entertainment. Les présentations officielles annoncent une comédie d'aventures inspirée notamment du cinéma de cape et d'épée et des grandes productions romanesques du Hollywood classique.

Tarantino a expliqué que The Popinjay Cavalier avait d'abord été imaginé comme un scénario de cinéma. En développant son écriture, il en serait venu à considérer que l'histoire fonctionnerait mieux sur une scène. Cette transformation éclaire son intérêt actuel pour le théâtre : il ne s'agit pas d'un simple passe-temps destiné à occuper les mois précédant son prochain film, mais d'un véritable choix artistique.

Le théâtre impose également des contraintes très différentes de celles d'un plateau de tournage. Là où le cinéma permet de construire une séquence par le découpage, le montage et la multiplication des prises, une représentation repose sur la continuité du jeu des acteurs, l'espace scénique et la réaction immédiate du public.

Pour un réalisateur aussi attaché aux dialogues, au rythme et à la tension des scènes, cette expérience pourrait constituer une évolution créative importante. Il faudra cependant attendre les premières représentations pour juger ce que son langage cinématographique devient au théâtre.

Sacha Baron Cohen, un choix cohérent avec son goût de la provocation

Le rôle principal confié à Sacha Baron Cohen contribue à l'intérêt de The Popinjay Cavalier. L'acteur possède une expérience considérable de la comédie, de l'improvisation et des situations construites autour du malaise social. Ses personnages les plus célèbres exploitent fréquemment la confrontation entre une personnalité provocatrice et les conventions de ceux qui l'entourent.

L'association avec Tarantino paraît prometteuse, sans permettre de préjuger du résultat. Le cinéaste a toujours aimé les personnages bavards, les rapports de force verbaux et les scènes dont la tension évolue soudainement vers la violence ou le burlesque.

Le cadre européen des années 1830 offre aussi une nouveauté dans son parcours. Tarantino a régulièrement revisité les codes du western, du polar, du film de guerre ou du cinéma d'exploitation. Avec une comédie de cape et d'épée, il pourra aborder un autre ensemble de traditions populaires.

Il serait néanmoins prématuré d'annoncer la manière exacte dont ces influences se combineront. La pièce est programmée et sa distribution principale est confirmée, mais son accueil critique et la réalisation concrète de ses ambitions appartiennent encore à l'avenir.

Pourquoi Tarantino ne semble pas pressé de faire ses adieux

L'attente autour de son dixième long métrage repose sur une contradiction. Plus Tarantino affirme vouloir arrêter sa carrière de réalisateur, plus son prochain film devient un événement supposé définitif. Chaque choix de scénario, chaque acteur évoqué et chaque délai supplémentaire prennent alors une importance inhabituelle.

Cette pression pourrait expliquer en partie sa prudence, mais il s'agirait d'une interprétation. Tarantino n'a pas déclaré que l'attente du public ou la peur de décevoir constituait la cause de son calendrier actuel. Il invoque plutôt une volonté de découvrir ce que l'expérience théâtrale lui apportera, puis de consacrer du temps à sa famille et à sa vie personnelle.

Cette position rappelle qu'un auteur peut souhaiter préserver sa liberté de création, même lorsque ses projets font l'objet d'une immense attention. La carrière de Tarantino est suffisamment établie pour qu'il n'ait pas besoin de produire un nouveau film à intervalles réguliers afin de rester identifiable dans le paysage culturel.

Depuis 2019, il a également prolongé son activité à travers l'écriture et divers projets liés à l'histoire du cinéma. Sa relation au septième art ne dépend donc plus exclusivement des longs métrages qu'il réalise lui-même.

Le théâtre apparaît comme une nouvelle expression de cette liberté. Il lui permet de travailler sur la construction d'un spectacle sans franchir immédiatement le seuil symbolique de son dixième film.

Le film de Cliff Booth ne compte pas comme son dixième long métrage

La situation peut sembler compliquée parce qu'un autre projet cinématographique lié à Tarantino est également en préparation. The Further Mis-Adventures of Cliff Booth prolonge l'univers de Once Upon a Time... in Hollywood, avec Brad Pitt de retour dans le rôle du cascadeur Cliff Booth.

Le film est réalisé par David Fincher, tandis que Tarantino en signe le scénario. La distinction est décisive : il ne s'agit pas d'un long métrage dirigé par Tarantino et il ne correspond donc pas au dixième film qu'il envisage dans son propre décompte.

Cette collaboration illustre toutefois une évolution intéressante. Tarantino accepte de laisser un autre cinéaste mettre en scène un personnage et un univers qu'il a créés. Son activité de scénariste peut ainsi se poursuivre indépendamment de sa volonté de limiter le nombre de films qu'il réalisera.

Cette séparation des rôles permet aussi de mieux comprendre pourquoi les annonces portant sur son écriture ne doivent pas automatiquement être interprétées comme des annonces concernant sa carrière de réalisateur.

Un scénario signé Quentin Tarantino et un film réalisé par Quentin Tarantino sont deux événements différents, même lorsqu'ils attirent une attention comparable.

Un auteur qui veut choisir sa propre conclusion

Le dernier long métrage réalisé par Tarantino reste Once Upon a Time... in Hollywood, sorti en 2019. Sept années se sont écoulées sans qu'il présente une nouvelle réalisation au cinéma. Cette attente exceptionnellement longue a progressivement transformé son dixième film en objet de spéculation permanente.

La déclaration publiée le 18 octobre 2026 apporte une réponse partielle. Le réalisateur n'est pas resté sans écrire : il possède un scénario qu'il juge suffisamment intéressant pour l'évoquer publiquement. Mais il n'est pas encore prêt à le transformer en production.

Sa prochaine étape est beaucoup plus concrète. The Popinjay Cavalier dispose d'un théâtre, d'un interprète principal, d'une équipe de production et d'un calendrier de représentations. Le projet peut donc être considéré comme une œuvre officiellement programmée, contrairement à son futur long métrage.

Il serait tentant de voir dans le passage au théâtre une manière de retarder indéfiniment son départ du cinéma. Ce serait aller plus loin que ses déclarations. Tarantino dit vouloir consacrer son attention à une expérience nouvelle et décider ensuite de la suite.

Son dixième film existe pour l'instant sous forme de scénario. Il reste sans titre public, sans acteur annoncé, sans tournage confirmé et sans date de sortie. La seule certitude est que son auteur ne veut pas le précipiter.

Pour un cinéaste qui a construit toute sa carrière sur sa maîtrise du récit, le choix possède une forme de cohérence : Quentin Tarantino entend encore décider lui-même à quel moment commencera le dernier acte.