L'industrie du cinéma n'avait probablement pas anticipé une telle demande pour une romance entre une pêcheuse et un homme en osier. Pourtant, les spectateurs américains ont manifesté suffisamment d'intérêt pour convaincre Black Bear et CJ 4DPLEX de prolonger la diffusion de Wicker en 4DX.
L'annonce est intervenue le 27 octobre 2026, à la veille de l'événement initialement prévu pour une seule journée. Les séances du 28 octobre ayant affiché complet, les partenaires ont ajouté des projections jusqu'au 4 novembre dans les établissements américains participants.
La décision a été rapportée par TheWrap, qui précise que le programme initial concernait des salles réparties dans 21 États américains et à Washington, D.C. Il ne s'agit pas d'une extension mondiale : l'annonce porte spécifiquement sur l'exploitation américaine.
Ce qui frappe, c'est moins la prolongation elle-même que son origine. L'idée a émergé sur les réseaux sociaux, où des internautes ont commencé à imaginer ce que donnerait l'une des scènes les plus commentées de Wicker dans une salle équipée de sièges capables de bouger et de vibrer.
Une scène intime devenue argument de cinéma immersif
Wicker avait déjà attiré l'attention au Festival de Sundance 2026. Le film d'Eleanor Wilson et Alex Huston Fischer y a été présenté comme une fable romantique particulièrement étrange, mêlant désir, conventions sociales et humour adulte.
L'une de ses scènes intimes, au cours de laquelle un lit se brise, est devenue un sujet de conversation privilégié parmi les spectateurs ayant découvert les premières images du film.
L'idée d'une séance 4DX s'est alors imposée presque comme une blague collective. Puisque le cinéma propose aujourd'hui des fauteuils motorisés capables de reproduire des secousses synchronisées avec l'action, pourquoi réserver cette technologie aux poursuites automobiles et aux explosions ?
Des internautes ont suggéré d'utiliser ces équipements pour accompagner les mouvements beaucoup moins conventionnels de Wicker. L'équipe chargée des réseaux sociaux de CJ 4DPLEX a réagi favorablement à certaines de ces demandes. Selon TheWrap, l'enthousiasme qui a suivi a finalement déclenché des discussions avec Black Bear.
Le distributeur a officialisé une première soirée spéciale le 7 octobre, avant que la demande ne conduise à la prolongation annoncée le 27 octobre.
Les réalisateurs ont participé à la conception des effets de mouvement et des sensations accompagnant cette version. Cela donne à l'opération une dimension plus élaborée qu'une simple projection de film dans une salle équipée de fauteuils dynamiques.
Olivia Colman tombe amoureuse d'un homme fabriqué par Peter Dinklage
L'histoire de Wicker commence dans un village côtier où une pêcheuse est constamment ridiculisée par les habitants. Célibataire, jugée malodorante et peu disposée à respecter les attentes sociales de son entourage, elle décide de régler à sa manière la question de son mariage.
Elle se rend chez un vannier, interprété par Peter Dinklage, et lui demande de fabriquer un époux en osier.
Contre toute attente, le résultat prend vie. Alexander Skarsgård incarne ce mari tressé, dont la relation avec la pêcheuse jouée par Olivia Colman provoque jalousie et désordre au sein de la communauté.
Elizabeth Debicki interprète également un personnage important de cette fable, adaptée de la nouvelle The Wicker Husband d'Ursula Wills-Jones.
La situation paraît absurde, mais le film ne se limite pas à une succession de plaisanteries sur son concept. Les réalisateurs construisent une romance autour de personnages qui remettent en question les conventions de leur village.
Cette dimension a été évoquée par les interprètes lors de la promotion. Olivia Colman a notamment décrit l'histoire comme une réflexion sur les relations égalitaires, le regard porté sur les femmes et les structures patriarcales, tout en insistant sur son caractère divertissant.
Le costume porté par Alexander Skarsgård joue un rôle déterminant dans l'identité visuelle de Wicker. Conçu avec le concours de Wētā Workshop, il repose sur des effets pratiques et un travail de transformation physique destiné à faire exister un personnage fabriqué dans une matière végétale.
La 4DX sort de son territoire habituel
Les salles 4DX associent la projection à des fauteuils motorisés et à divers effets environnementaux. Selon l'équipement et la programmation, le public peut ressentir des vibrations, des mouvements, des projections d'eau, des courants d'air ou encore des effets olfactifs.
Cette technologie est surtout associée aux films d'action spectaculaires, aux courses automobiles et aux productions dans lesquelles la sensation physique semble prolonger directement l'image.
Wicker ne correspond pas à ce profil. Sa proposition repose sur une comédie romantique fantastique, avec des situations volontairement incongrues et une approche adulte des relations sentimentales.
Le film permet donc aux exploitants de tester une autre manière de présenter les séances immersives. L'objectif n'est plus nécessairement de simuler la vitesse d'une voiture ou les secousses d'un combat, mais d'accompagner les sensations et les situations propres à une œuvre plus intimiste.
Le nombre exact d'effets utilisés dans Wicker n'a pas été détaillé publiquement. Les partenaires ont confirmé la participation des réalisateurs à leur conception, sans préciser les sensations associées à chaque scène.
L'absence de confirmation vaut également pour les effets olfactifs. TheWrap relève avec humour qu'aucune information ne permet de savoir si l'odeur de poisson, pourtant liée au métier de l'héroïne, fera partie du programme.
Un démarrage à 5,7 millions de dollars pour Black Bear
Cette opération arrive à un moment intéressant pour le distributeur. Wicker a débuté dans les salles américaines le 23 octobre 2026 et a enregistré environ 5,7 millions de dollars de recettes sur son premier week-end.
The Numbers précise un montant de 5 745 945 dollars, obtenu dans 1 471 établissements. Il s'agit d'un démarrage modeste par rapport aux grandes productions hollywoodiennes, mais significatif pour une comédie fantastique indépendante reposant sur un concept inhabituel.
Black Bear avait acquis les droits de distribution américains du film après sa présentation à Sundance pour un montant rapporté de 2,5 millions de dollars.
Ce prix d'acquisition ne correspond pas au budget de production et ne permet pas, à lui seul, de calculer la rentabilité de l'exploitation. Les dépenses de promotion, les frais de distribution et le partage des recettes avec les salles doivent également être pris en compte.
Le distributeur cherche néanmoins à développer sa présence sur le marché américain. Après avoir engagé cette activité en 2025, Black Bear a notamment distribué Christy, le drame sportif avec Sydney Sweeney, dont les résultats en salles avaient été décevants.
Avec Wicker, la société bénéficie d'une visibilité plus encourageante. Les séances 4DX peuvent prolonger cet intérêt en proposant une expérience supplémentaire à des spectateurs déjà intrigués par le film.
Les spectateurs participent désormais aux choix de programmation
Le cas Wicker illustre une évolution des relations entre distributeurs, exploitants et communautés en ligne.
Le public ne s'est pas contenté de partager une bande-annonce ou de commenter une scène. Ses demandes ont conduit à la création d'un événement commercial, puis à son prolongement après l'épuisement des places initialement proposées.
Il serait toutefois excessif d'en déduire que les réseaux sociaux déterminent désormais la programmation des cinémas. La décision dépend également des possibilités techniques des salles, des accords commerciaux et de la demande effective pour les billets.
Dans ce cas précis, les différents éléments se sont rejoints. Une campagne spontanée a identifié une expérience que des spectateurs souhaitaient découvrir, et les premières réservations ont fourni un indicateur concret de cet intérêt.
Pour CJ 4DPLEX, le contexte est également favorable. L'entreprise développe son réseau de salles immersives et a annoncé un accord avec AMC prévoyant l'ajout de 40 auditoriums 4DX supplémentaires d'ici 2027.
L'extension de Wicker ne constitue pas à elle seule une démonstration de la rentabilité du format pour les films indépendants. Elle montre néanmoins qu'une œuvre sans grandes scènes d'action peut mobiliser un public autour d'une présentation premium.
Des séances prolongées jusqu'au 4 novembre
Les projections 4DX supplémentaires de Wicker sont annoncées dans les salles américaines participantes jusqu'au 4 novembre 2026. La disponibilité précise dépend de la programmation de chaque cinéma.
Cette prolongation intervient pendant une période particulièrement chargée pour les exploitants, avec notamment Clayface et Wildwood également programmés dans certaines salles équipées du format immersif.
Wicker est par ailleurs sorti en France le 21 octobre, selon les calendriers de distribution recensés. L'extension de l'exploitation américaine en 4DX ne doit cependant pas être interprétée comme l'annonce de séances équivalentes en France.
Une soirée spéciale est ainsi devenue une semaine de projections supplémentaires. Pour Black Bear, l'opération offre un relais promotionnel au-delà du lancement traditionnel du film. Pour les exploitants, elle permet de vérifier si l'humour et la curiosité nés sur Internet peuvent se transformer en fréquentation réelle.
Le public américain dispose désormais de plusieurs jours pour découvrir comment des fauteuils motorisés accompagnent l'histoire d'une femme qui a demandé qu'on lui fabrique un mari en osier.