Un acteur perd son visage, puis finit par perdre le contrôle de son propre corps. À partir de cette idée, James Watkins a construit un film DC qui regarde davantage vers David Cronenberg que vers les conventions habituelles du cinéma de super-héros.

Clayface est déjà sorti en salles, et son réalisateur accepte désormais de lever le voile sur plusieurs décisions importantes.

Dans un entretien accordé à Variety, il explique comment son équipe a conçu les transformations de Matt Hagen, imaginé un Gotham City très différent de celui de Superman et intégré un caméo qui a surpris une partie des spectateurs.

Le récit de cette fabrication est aussi celui d'une volonté : raconter la naissance d'un monstre sans que l'univers partagé de DC prenne toute la place.

Attention : les informations qui suivent contiennent des révélations sur les personnages, certaines scènes et le dénouement du film.

Matt Hagen plutôt que Basil Karlo : le choix décisif de Mike Flanagan

Dans les comics DC, Clayface n'a pas toujours désigné le même personnage.

Plusieurs individus ont porté ce nom, avec des histoires et des pouvoirs qui ont évolué au fil des décennies.

Basil Karlo, l'une des premières incarnations, entretient notamment des liens étroits avec l'imaginaire du cinéma d'horreur classique.

Matt Hagen représente une autre version du personnage.

Pour le film de James Watkins, c'est lui qui a été retenu.

Le réalisateur explique que ce choix avait déjà été effectué par Mike Flanagan pendant le développement du scénario.

Watkins a ensuite étudié différentes incarnations du personnage dans les comics.

Mais il considère que Matt Hagen permettait de raconter une histoire plus directement contemporaine.

Le protagoniste est un acteur dont la carrière s'effondre après une agression qui le défigure.

Il cherche à retrouver son apparence, puis découvre que le traitement censé le sauver a créé un problème encore plus grave.

L'idée centrale n'est donc pas simplement celle d'un criminel acquérant de nouveaux pouvoirs.

C'est celle d'un homme dont l'identité personnelle et professionnelle disparaît avec son visage.

Un traitement expérimental qui transforme un acteur en monstre

Tom Rhys Harries interprète Matt Hagen, un jeune homme issu des quartiers difficiles de Gotham qui est parvenu à construire une carrière d'acteur.

Son ascension s'interrompt brutalement lorsqu'un criminel le défigure.

Privé de son apparence et abandonné par une partie de son entourage professionnel, Matt cherche une solution médicale.

Il rencontre la docteure Caitlyn Corr, interprétée par Naomi Ackie.

Un traitement expérimental lui permet de retrouver temporairement son visage.

Mais cette guérison s'accompagne de transformations incontrôlables.

Son corps devient capable de changer de forme, de reproduire l'apparence d'autres personnes et de se déformer au-delà des limites humaines.

La nouvelle capacité ne lui apporte pas la liberté espérée.

Elle aggrave au contraire sa perte de repères.

Sa volonté de reprendre sa vie se transforme progressivement en obsession pour la vengeance.

Watkins explique que cette évolution constituait la dimension la plus importante du scénario à ses yeux.

La véritable monstruosité ne réside pas uniquement dans les changements physiques.

Elle apparaît aussi lorsque Matt laisse sa colère déterminer ses actions.

Le Gotham du DCU emprunte au cinéma expressionniste allemand

Clayface marque une étape particulière pour le nouvel univers cinématographique DC.

Après Metropolis dans Superman, Gotham City apparaît sous une nouvelle identité visuelle.

James Watkins ne souhaitait pas simplement reproduire la ville déjà montrée dans les adaptations de Batman.

Avec le chef décorateur James Price, il a étudié plusieurs influences historiques.

Le cinéma expressionniste allemand des années 1930 constitue l'une des références principales.

Ce courant privilégiait notamment les architectures oppressantes, les angles inhabituels et les contrastes puissants entre lumière et obscurité.

L'équipe a également étudié des photographies de New York réalisées entre les années 1970 et 1990.

Les rues de cette période présentaient une densité particulière d'enseignes, de saleté, de commerces et de lumières artificielles.

Watkins voulait retrouver cette sensation d'une ville surchargée, dans laquelle l'environnement semble écraser ses habitants.

Le réalisateur explique que les immeubles devaient dominer les personnages.

Le ciel devait rester presque invisible.

Les néons et les éclairages directement présents dans les décors renforcent cette impression.

Le résultat ne cherche pas à situer Gotham dans une année parfaitement identifiable.

Il mélange différentes périodes afin de créer une métropole à la fois familière et légèrement intemporelle.

Gotham et Coast City, deux visages opposés du nouvel univers DC

Le réalisateur oppose volontairement Gotham à Coast City.

Cette dernière est associée à une lumière beaucoup plus ouverte.

Watkins évoque des couleurs vives, la mer, le ciel et la végétation.

Gotham est construite selon une logique inverse.

Les bâtiments occupent l'espace, les rues semblent resserrées et les ombres accompagnent presque tous les déplacements.

Ce contraste permet de donner une identité propre aux différents lieux du DCU.

Un univers partagé ne signifie pas nécessairement que toutes ses villes doivent posséder la même atmosphère.

Au contraire, l'utilisation de styles visuels distincts peut renforcer la crédibilité d'un monde comprenant plusieurs histoires.

Dans Clayface, Gotham doit avant tout servir le récit d'un homme qui se sent progressivement enfermé dans une existence qu'il ne contrôle plus.

L'architecture devient ainsi le prolongement de son état psychologique.

Scène nocturne de Clayface illustrant l'atmosphère sombre et oppressante de Gotham City

Dix-neuf versions pour trouver le bon visage de Clayface

L'apparence définitive du monstre a demandé un travail particulièrement important.

James Watkins explique que les équipes ont exploré environ dix-neuf versions successives du personnage.

Les comics proposaient de nombreuses références.

Il ne suffisait pourtant pas de reproduire directement un dessin.

Une silhouette convaincante sur une planche pouvait se révéler peu crédible lorsqu'elle était transposée dans une image photographique.

La forme du visage, la texture de la matière et la position des yeux ont donc été longuement étudiées.

Le réalisateur accordait une attention particulière à l'œil gauche.

Il voulait qu'une partie de Matt Hagen demeure immédiatement perceptible à travers son apparence monstrueuse.

L'expression devait conserver de la douleur.

La voix devait également contribuer à montrer que l'être déformé n'avait pas entièrement perdu son humanité.

Cette volonté explique la place centrale accordée aux détails.

Une modification minime d'un pli ou d'une surface pouvait transformer l'impression générale.

Le monstre devait être effrayant, mais aussi tragique.

Watkins ne souhaitait pas seulement créer une créature spectaculaire.

Il voulait que le spectateur continue à reconnaître l'homme qui se cache derrière elle.

Des prothèses physiques plutôt qu'une transformation entièrement numérique

Le film accorde une place importante aux effets pratiques.

Watkins explique qu'il privilégie, lorsque cela reste possible, les solutions réalisables directement devant la caméra.

Cette approche ne signifie pas que Clayface renonce aux effets numériques.

Elle repose sur une combinaison de plusieurs techniques.

Les prothèses, les accessoires et les structures physiques créent une matière que les interprètes peuvent toucher et manipuler.

Les effets numériques permettent ensuite d'étendre certaines transformations impossibles à réaliser mécaniquement.

Le réalisateur décrit notamment une scène dans laquelle Matt absorbe un autre personnage à travers son corps.

L'équipe a utilisé un dispositif porté par l'acteur, comprenant une cavité suffisamment importante pour permettre une interaction physique avec son partenaire.

Le résultat a ensuite été complété par des effets visuels.

Cette méthode possède un avantage : les mouvements, les contacts et une partie des réactions sont réellement présents sur le plateau.

Pour Watkins, cette dimension tactile contribue à rendre les scènes plus convaincantes.

Elle permet aussi aux acteurs de réagir à des éléments concrets plutôt qu'à un espace entièrement imaginaire.

Une scène de boîte de nuit tournée avec des trucages à l'ancienne

L'une des séquences les plus complexes se déroule dans une boîte de nuit.

Matt Hagen y utilise ses capacités pour emprunter successivement plusieurs apparences.

Plutôt que de reposer uniquement sur des remplacements numériques de visages, Watkins a employé des raccords dissimulés.

Le principe consiste à faire passer un personnage derrière un pilier ou un élément de décor.

Une nouvelle prise est ensuite réalisée avec un autre interprète.

Au montage, les deux plans peuvent être assemblés au moment où le corps disparaît derrière l'obstacle.

Le spectateur a alors l'impression qu'une transformation s'est produite en un seul mouvement.

Le procédé existe depuis longtemps au cinéma.

Son utilisation dans Clayface montre que des effets spectaculaires ne nécessitent pas toujours une technique entièrement nouvelle.

Watkins explique avoir particulièrement apprécié cette manière de concevoir la scène.

Le film combine ainsi les possibilités actuelles des effets numériques avec des méthodes héritées du cinéma classique.

Un contorsionniste pour rendre les corps encore plus inquiétants

La même séquence a nécessité un travail spécifique sur les déplacements physiques.

Watkins raconte que les équipes avaient d'abord réalisé une cascade impliquant une chute dans un escalier.

Deux cascadeurs participaient à cette opération.

Après avoir examiné le résultat, les cinéastes ont voulu accentuer l'impression de déformation corporelle.

Ils ont alors envisagé de faire intervenir un contorsionniste.

Cette technique permettait d'obtenir des positions inhabituelles sans devoir reconstruire entièrement les mouvements par ordinateur.

L'effet recherché n'était pas uniquement spectaculaire.

Il devait faire ressentir au public que le corps du personnage ne suivait plus les règles ordinaires.

La souplesse extrême de certains mouvements devient inquiétante précisément parce qu'elle semble physiquement possible tout en dépassant les capacités habituelles.

Le travail des interprètes et des cascadeurs joue donc un rôle déterminant dans la réussite du film.

Les transformations ne sont pas seulement des images fabriquées en postproduction.

Elles sont aussi des performances.

Aaron Paul apparaît dans un caméo inattendu

L'une des révélations les plus surprenantes concerne Aaron Paul.

L'acteur connu pour Breaking Bad possède une brève apparition dans Clayface.

James Watkins confirme qu'il interprète le père de Matt Hagen.

Pendant une séquence de métamorphose, Matt emprunte cette apparence.

Le réalisateur explique avoir cherché un interprète capable de rendre ce moment immédiatement significatif.

Il admirait déjà le travail d'Aaron Paul.

Lorsque l'idée de le contacter a été proposée, il a accepté de participer au film.

Sa présence à l'écran reste cependant très courte.

Watkins décrit ce passage comme un petit clin d'œil destiné aux spectateurs attentifs.

Entertainment Weekly a précisé que le rôle devait initialement être plus développé.

Aaron Paul avait tourné des scènes supplémentaires montrant des éléments de l'enfance de Matt.

La majorité de ce matériau a finalement été supprimée.

Son apparition restante fonctionne donc comme une trace d'un personnage autrefois plus présent dans le scénario.

Pourquoi plusieurs scènes avec Aaron Paul ont été supprimées

La réduction du rôle d'Aaron Paul relève d'un choix narratif.

Watkins ne souhaitait pas que toute la trajectoire de Matt Hagen soit expliquée par les événements de son enfance.

Le film évoque une relation familiale difficile, mais le réalisateur préférait recentrer l'histoire sur les décisions du protagoniste adulte.

Ce choix modifie la manière dont le public comprend sa violence.

Les traumatismes passés peuvent contribuer à expliquer certains comportements.

Ils ne suffisent pas nécessairement à justifier toutes les actions d'un personnage.

Clayface s'intéresse précisément au moment où Matt transforme son sentiment d'injustice en volonté de punir.

Les scènes coupées auraient pu donner davantage d'importance à son histoire familiale.

Le montage retenu privilégie sa responsabilité dans les événements présents.

Aucune annonce officielle ne confirme que les scènes supprimées seront restaurées dans une version longue du film.

Leur existence ne constitue donc pas la promesse d'un nouveau montage commercial.

Matt Hagen dans une scène inquiétante illustrant les transformations physiques au cœur de Clayface

Pourquoi Batman n'apparaît-il pas au centre de l'histoire ?

Clayface appartient à l'univers de Batman, mais ne repose pas sur la présence du justicier.

Cette absence relative est volontaire.

Watkins explique qu'il avait été attiré par la possibilité de raconter une histoire autonome.

Il ne voulait pas ajouter des références à Batman simplement pour rappeler au public que le film appartenait au DCU.

Quelques éléments visuels peuvent faire écho à l'univers des comics.

Mais le réalisateur affirme ne pas avoir subi de pression pour multiplier les apparitions ou les clins d'œil.

Pour lui, une référence n'a d'intérêt que si elle s'intègre naturellement au récit.

Le film devait pouvoir être regardé comme une histoire complète.

Cette conception distingue Clayface de certaines productions de franchises qui consacrent une partie de leur durée à préparer directement les épisodes suivants.

Le personnage principal n'est pas uniquement présenté dans le but d'affronter un héros plus célèbre.

Son propre parcours doit posséder suffisamment de force dramatique.

Un film autonome, mais inscrit dans le DCU de James Gunn

Clayface fait partie de la nouvelle continuité cinématographique développée par DC Studios.

Cet univers comprend notamment Superman et Creature Commandos.

Le personnage de Clayface était déjà apparu sous une autre forme dans la série animée Creature Commandos.

Le long-métrage lui donne désormais une histoire d'origine en prises de vues réelles.

Il présente également Gotham City dans cette continuité.

Il faut toutefois distinguer cet univers de celui de The Batman, réalisé par Matt Reeves avec Robert Pattinson.

Les deux séries de films ne partagent pas actuellement la même continuité narrative.

Cette distinction est essentielle pour comprendre les déclarations de Watkins.

Lorsqu'on lui demande si Clayface pourrait affronter Batman dans un futur projet, le réalisateur ne confirme rien.

Il renvoie cette question à James Gunn.

Son objectif personnel était de terminer un récit autonome, pas de préparer obligatoirement un autre film.

Il serait donc incorrect de présenter un affrontement entre Clayface et le Batman de Robert Pattinson comme un événement annoncé.

Mike Flanagan apporte son expérience de l'horreur

La conception de Clayface a également bénéficié du travail de Mike Flanagan.

Le cinéaste et scénariste est notamment connu pour Doctor Sleep, The Haunting of Hill House et Midnight Mass.

Il possède une expérience importante des récits fantastiques dans lesquels les phénomènes surnaturels traduisent des traumatismes humains.

Son approche correspond à l'ambition du film.

La transformation physique de Matt Hagen fonctionne comme le prolongement d'un effondrement personnel.

Le protagoniste perd son visage, son métier et ses repères.

Il obtient ensuite une capacité qui semble lui offrir un contrôle presque illimité sur son apparence.

Mais cette puissance ne résout pas ses problèmes.

Elle lui permet au contraire de donner une forme toujours plus destructrice à sa colère.

Hossein Amini partage le crédit du scénario avec Flanagan.

James Watkins assure la mise en scène.

La production réunit notamment Matt Reeves, Lynn Harris, James Gunn et Peter Safran.

Cette équipe associe ainsi plusieurs sensibilités issues du cinéma d'horreur, du thriller et des adaptations de comics.

Un monstre conçu pour susciter à la fois la peur et la compassion

Pour Watkins, le défi principal ne consistait pas uniquement à créer un personnage capable de changer de forme.

Il fallait conserver la tragédie de Matt Hagen à travers ses transformations.

La destruction de son visage constitue le point de départ du récit.

Mais la véritable perte survient lorsque le personnage cesse de reconnaître les limites de sa propre violence.

Le réalisateur voulait donc préserver une dimension humaine au sein même de la créature finale.

C'est pourquoi il insiste autant sur la position de l'œil, l'expression de la douleur et les caractéristiques de la voix.

Ces détails doivent permettre de percevoir une personne derrière la matière monstrueuse.

Le spectateur peut comprendre le désespoir initial de Matt sans approuver les actes qu'il commet ensuite.

Cette ambiguïté est au cœur du projet.

Clayface n'est pas présenté comme une simple victime innocente.

Il devient progressivement responsable d'une violence qui dépasse largement ceux qui l'avaient initialement blessé.

Le film transforme ainsi une histoire d'origine de super-vilain en tragédie sur les conséquences de la vengeance.

Clayface est déjà sorti au cinéma

L'entretien du 27 octobre accompagne un film désormais disponible en salles.

Warner Bros. Pictures confirme une sortie américaine le 23 octobre 2026.

Le lancement international a commencé le 21 octobre.

Clayface est classé R aux États-Unis, ce qui correspond à son orientation vers une horreur physique violente.

Le film met en scène Tom Rhys Harries, Naomi Ackie, David Dencik, Max Minghella et Eddie Marsan.

La photographie est assurée par Rob Hardy, les décors par James Price et la musique par Volker Bertelmann.

La réception commerciale et critique complète devra être appréciée à partir des résultats définitifs de son exploitation.

Mais son positionnement artistique est déjà suffisamment clair.

DC Studios a choisi de consacrer un long-métrage à un antagoniste de Batman sans construire le récit autour du justicier.

Le film utilise les codes du cinéma d'horreur pour développer une histoire de perte d'identité, d'obsession et de transformation.

Le futur de Clayface n'est pas encore annoncé

Le fait que Clayface appartienne à un univers partagé ouvre naturellement la possibilité de nouvelles apparitions.

Mais une possibilité narrative ne constitue pas un projet confirmé.

James Watkins ne révèle aucun calendrier de suite.

Il ne confirme pas non plus que son personnage affrontera Batman dans un futur film.

Le réalisateur explique avoir abordé Clayface comme une œuvre devant se suffire à elle-même.

Cette philosophie se retrouve dans ses décisions techniques et narratives.

L'apparence finale du monstre devait exprimer une émotion, pas uniquement annoncer une nouvelle menace.

Les références à Gotham et aux comics devaient enrichir l'environnement sans interrompre l'histoire.

Le caméo d'Aaron Paul devait s'intégrer à la transformation du protagoniste plutôt que devenir un événement promotionnel indépendant.

Au terme de l'entretien, une idée domine : pour James Watkins, Clayface ne devait pas être traité comme une pièce supplémentaire placée sur l'échiquier du DCU.

Il devait d'abord raconter la chute d'un homme.

Et les dix-neuf versions de son visage monstrueux n'avaient qu'un seul objectif : faire en sorte que le public reconnaisse encore cet homme lorsqu'il ne lui reste presque plus rien d'humain.