À force de regarder les films de super-héros comme les chapitres d'une histoire plus grande, certains spectateurs semblent avoir pris l'habitude de poser toujours la même question : qu'est-ce que tout cela prépare ?

James Gunn aimerait qu'ils en posent une autre.

Et si un film pouvait simplement raconter une bonne histoire ?

Le 24 octobre, le cinéaste et codirigeant de DC Studios a défendu publiquement cette idée sur Threads. Ses déclarations, reprises deux jours plus tard par plusieurs médias américains, précisent la stratégie narrative du nouvel univers DC.

Le studio n'abandonne pas les personnages récurrents, les connexions entre productions ni les projets collectifs.

Gunn refuse cependant de considérer qu'un récit serait inutile s'il ne conduit pas directement à un autre film.

L'exemple qu'il choisit est révélateur : Clayface, sorti en salles américaines le 23 octobre, doit selon lui mériter l'attention du public pour ses qualités de film d'horreur, et non uniquement pour la place que son monstre pourrait occuper dans la prochaine production DC.

Une question de fans déclenche la réponse de James Gunn

La discussion commence par une image recensant plusieurs productions du nouvel univers DC.

On y retrouve notamment Superman, Peacemaker, Supergirl, Creature Commandos, Clayface et Lanterns.

Un internaute demande ce que ces œuvres sont censées construire ensemble.

La question résume une attente familière aux amateurs de franchises.

Lorsque plusieurs personnages appartiennent à une continuité commune, le public cherche souvent le grand événement vers lequel leurs aventures pourraient converger.

Un autre participant répond alors que Gunn n'a pas nécessairement besoin de préparer un crossover si les œuvres fonctionnent individuellement.

Le dirigeant de DC Studios approuve cette remarque.

Il explique que l'univers DC doit permettre de raconter des histoires situées à des endroits et à des moments différents.

Une fiction peut appartenir à un ensemble plus large sans devoir consacrer l'essentiel de son récit à une intrigue future.

Cette position ne constitue pas un rejet de la continuité.

Elle remet plutôt en question la manière dont certains spectateurs évaluent l'importance d'une production.

Une histoire DC doit-elle obligatoirement mener à une autre ?

La distinction défendue par Gunn porte sur la valeur des récits individuels.

Dans un univers partagé, une production peut remplir plusieurs fonctions.

Elle peut présenter un personnage, développer un environnement, approfondir un conflit ou préparer une rencontre future.

Mais cette dernière fonction ne devrait pas déterminer à elle seule son intérêt.

Un film consacré à un personnage secondaire peut posséder une identité artistique forte même s'il ne joue aucun rôle central dans le prochain événement collectif.

Une série peut raconter une histoire complète sans transformer ses derniers épisodes en introduction à une autre production.

Pour Gunn, les connexions doivent enrichir les œuvres plutôt que devenir leur seule raison d'exister.

Ce raisonnement concerne directement l'expérience des spectateurs.

Une personne qui découvre Clayface devrait pouvoir comprendre les enjeux du film sans avoir étudié plusieurs séries ou mémorisé un calendrier de sorties.

Le DCU peut conserver une continuité commune tout en proposant des portes d'entrée différentes.

C'est précisément l'équilibre que Gunn affirme rechercher.

Clayface représente cette nouvelle philosophie

Le choix de Clayface comme exemple n'a rien d'anodin.

Le personnage appartient à l'univers de Batman, mais ne possède pas la célébrité de Superman, Wonder Woman ou du Chevalier noir.

DC Studios lui a pourtant consacré un long-métrage indépendant.

Réalisé par James Watkins, le film raconte l'histoire de Matt Hagen, un acteur interprété par Tom Rhys Harries.

Défiguré après une agression, il accepte un traitement expérimental pour retrouver son apparence.

La procédure lui confère des capacités de transformation, tout en déclenchant une perte progressive de contrôle sur son corps et son identité.

Plutôt que de construire une aventure de super-héros traditionnelle, le film emprunte aux codes de l'horreur corporelle.

Son intérêt repose sur la transformation tragique du personnage, les effets physiques et les thèmes de l'apparence, de l'obsession et de la vengeance.

Gunn souhaite que le public puisse apprécier cette proposition sans attendre une scène annonçant le prochain affrontement avec Batman.

L'existence de Clayface ne doit pas seulement être justifiée par sa possible participation à une production ultérieure.

James Gunn n'avait pas initialement prévu Clayface

Cette position s'inscrit dans des déclarations antérieures du dirigeant.

Lors de la première hollywoodienne de Clayface, le 13 octobre, Gunn avait expliqué à Extra que le film ne faisait pas initialement partie des projets envisagés pour développer l'univers DC.

Le scénario avait cependant suffisamment impressionné les responsables du studio pour convaincre Gunn et Peter Safran de lui donner une place dans leur programmation.

Le projet ne serait donc pas né uniquement d'un besoin de présenter un adversaire supplémentaire à Batman.

Il répondait d'abord à l'intérêt suscité par une histoire particulière.

Gunn avait également salué la prestation de Tom Rhys Harries, dont le casting avait retenu l'attention de Matt Reeves et de lui-même.

Ce témoignage éclaire la logique qu'il défend désormais publiquement.

Un univers partagé peut être suffisamment souple pour accueillir un film qui n'était pas prévu dès l'origine, à condition que ses qualités justifient sa production.

Cela ne garantit évidemment pas que chaque proposition originale sera automatiquement financée.

Mais Clayface montre qu'une histoire peut rejoindre le DCU sans avoir été imaginée comme une pièce indispensable d'un plan narratif préétabli.

James Watkins confirme l'absence de contraintes imposées

Le réalisateur de Clayface a livré un témoignage qui renforce cette lecture.

Dans un entretien accordé à GamesRadar+, James Watkins explique avoir discuté de son approche avec Matt Reeves et James Gunn.

Il souhaitait construire un Gotham adapté à son récit, plutôt que reproduire les choix visuels d'autres productions.

Selon lui, les deux cinéastes ont soutenu cette direction.

Aucune obligation de faire correspondre précisément l'esthétique du film à celle d'un projet plus large ne lui aurait été imposée.

Watkins évoque bien quelques références discrètes à des éléments du DCU.

Des accessoires, des marques fictives ou des détails présents dans les décors peuvent rappeler d'autres histoires.

Mais leur présence devait rester secondaire.

Le réalisateur affirme ne pas avoir eu à interrompre son récit pour installer artificiellement un nouvel événement.

Son objectif consistait à réaliser un film d'horreur sur Matt Hagen.

Cette liberté explique en partie pourquoi Clayface possède un ton très différent des aventures plus lumineuses de Superman.

Elle rejoint directement l'idée défendue par Gunn : la cohérence d'un univers n'exige pas l'uniformité de toutes ses productions.

James Gunn photographié devant les logos DC Studios lors de la première hollywoodienne de Clayface en octobre 2026

Star Wars plutôt que le modèle d'un crossover permanent

Pour préciser son raisonnement, James Gunn cite Star Wars.

Depuis près de cinquante ans, cet univers s'est développé à travers des films, des séries, des romans, des bandes dessinées et des jeux vidéo.

Toutes ces histoires ne conduisent pas à un événement unique.

Certaines suivent des personnages déjà célèbres.

D'autres explorent des périodes différentes ou des protagonistes dont les aventures restent relativement indépendantes.

Les récits peuvent partager des lieux, des institutions ou des événements historiques sans avoir tous la même fonction.

Gunn considère que le DCU devrait permettre une liberté comparable.

Il ajoute toutefois une différence : selon lui, les productions DC peuvent adopter des tonalités encore plus variées.

Cette comparaison exprime une intention créative, pas une équivalence exacte entre les deux franchises.

Star Wars et DC possèdent des histoires industrielles, des publics et des modes de développement différents.

Mais Gunn retient une idée essentielle : appartenir à une grande fiction commune ne signifie pas que chaque histoire doive devenir un épisode indispensable d'une seule intrigue.

Superman et Man of Tomorrow resteront connectés

Le dirigeant prend soin de préciser que DC Studios ne renonce pas aux continuités.

La saga Superman en constitue l'exemple le plus évident.

Le film réalisé par Gunn en 2025 a installé une nouvelle version de Clark Kent, interprétée par David Corenswet.

L'histoire doit se poursuivre avec Man of Tomorrow, dont la sortie américaine est prévue le 9 juillet 2027.

Gunn indique que cette suite accueillera plusieurs personnages déjà présentés dans d'autres productions.

Le public pourra donc retrouver des figures connues et observer les conséquences d'événements antérieurs.

Cette organisation correspond bien au fonctionnement d'un univers partagé.

Mais pour le dirigeant, l'existence de ces connexions ne change pas la valeur propre des films et séries concernés.

Un personnage peut intervenir dans Man of Tomorrow sans que sa première apparition ait été conçue uniquement pour annoncer cette rencontre.

L'histoire initiale doit également pouvoir fonctionner pour elle-même.

Le DCU cherche ainsi à combiner deux logiques : des trajectoires qui se croisent et des œuvres qui conservent leur autonomie narrative.

DC ne renonce pas pour autant aux grands événements

La déclaration de Gunn peut facilement être interprétée de manière excessive.

Dire que chaque production ne doit pas nécessairement préparer un crossover ne signifie pas que les crossovers sont désormais interdits.

Le DCU conserve des liens entre personnages.

Le studio prépare des histoires dans lesquelles plusieurs protagonistes doivent se retrouver.

Gunn évoque lui-même cette possibilité en parlant de Man of Tomorrow.

Il faut également distinguer une préférence éditoriale d'une interdiction de production.

Le dirigeant ne dit pas qu'un film collectif serait incompatible avec sa vision.

Il refuse simplement que tous les projets soient évalués en fonction de cet objectif.

Aucune date officielle d'un grand événement réunissant l'ensemble des héros DC n'est annoncée dans ses déclarations du 24 octobre.

Il serait donc prématuré de présenter ses propos comme l'annonce d'un nouvel équivalent d'Avengers.

Il serait tout aussi incorrect d'affirmer que DC Studios abandonne définitivement les films réunissant plusieurs héros.

Gunn défend une méthode, pas une liste de projets annulés.

La comparaison avec Marvel possède ses limites

Le débat intervient dans un secteur largement marqué par le succès du Marvel Cinematic Universe.

Pendant plusieurs années, Marvel Studios a organisé une partie de ses films autour de phases narratives conduisant à de grands événements.

Les rencontres entre héros ont constitué un argument commercial important.

Le public pouvait reconnaître un objet, un personnage ou une scène comme la préparation d'une histoire future.

Cette stratégie a contribué au succès de films comme The Avengers, Avengers: Infinity War et Avengers: Endgame.

Mais elle a également créé des attentes particulières.

Une production peut parfois être jugée moins sur son récit que sur les conséquences qu'elle possède pour l'ensemble de la franchise.

Certains spectateurs craignent de devoir regarder de nombreuses œuvres pour comprendre une seule histoire.

La position de Gunn répond à cette difficulté.

Il souhaite que la continuité apporte une dimension supplémentaire sans devenir une obligation permanente pour le public.

La comparaison avec Marvel ne doit cependant pas effacer la diversité des productions du MCU.

Marvel a également produit des films et séries dont les histoires possèdent une forte autonomie.

La véritable distinction réside ici dans la priorité publiquement affichée par les dirigeants du DCU.

L'horreur, un genre qui ouvre de nouvelles possibilités

Clayface illustre l'intérêt d'une stratégie fondée sur la diversité des genres.

Un film de super-héros traditionnel repose souvent sur des confrontations spectaculaires, des pouvoirs extraordinaires et des enjeux collectifs.

Le récit de Matt Hagen explore plutôt la perte de contrôle, les transformations physiques et la peur de ne plus se reconnaître.

Cette approche rapproche le projet du cinéma d'horreur.

Le réalisateur James Watkins a utilisé des effets pratiques, des prothèses et un univers visuel oppressant pour accompagner cette transformation.

Le personnage appartient bien au monde de Gotham, mais son histoire ne nécessite pas une apparition de Batman pour posséder une tension dramatique.

Cette souplesse peut devenir un avantage important pour DC Studios.

Elle permet d'imaginer des productions d'action, des comédies, des récits policiers ou des films d'horreur à l'intérieur d'un même univers.

La présence de personnages issus des comics n'impose pas une formule unique.

Gunn estime que cette variété constitue précisément l'une des forces que le DCU devrait développer.

Le premier week-end de Clayface nourrit le débat

Les propos de James Gunn interviennent au lendemain des premiers résultats commerciaux du film.

Variety rapporte que Clayface a récolté environ 24 millions de dollars dans 3 458 cinémas nord-américains pendant son week-end de lancement.

Le long-métrage aurait pris la première place du box-office sur cette période.

Ces chiffres montrent qu'un film d'horreur consacré à un antagoniste relativement peu connu peut attirer un public dans les salles.

Ils ne suffisent toutefois pas à prouver sa rentabilité définitive.

Le partage des recettes avec les exploitants, les dépenses de promotion et le budget total de la production doivent également être pris en compte.

Il serait donc excessif d'utiliser un seul week-end pour déclarer la stratégie de Gunn définitivement gagnante.

Mais ces premiers résultats apportent un élément concret au débat.

DC Studios a choisi de financer un film qui ne repose pas sur un affrontement classique entre un héros célèbre et son adversaire.

Une partie du public a répondu présente.

Il faudra observer la suite de l'exploitation pour apprécier durablement cet accueil.

Clayface pourrait revenir sans que son film devienne un prologue

Une autre nuance est essentielle.

James Gunn a déjà indiqué que Clayface devrait réapparaître dans l'univers DC.

Lors d'un échange accordé à Cinemex pendant la première du film, il avait évoqué d'autres projets pour le personnage.

Mais aucune production précise n'a été publiquement identifiée.

Il n'existe pas de confirmation indiquant que Matt Hagen affrontera Batman dans un film particulier.

La présence future d'un personnage ne transforme pourtant pas automatiquement son histoire d'origine en simple introduction.

C'est exactement la distinction défendue par Gunn.

Un récit peut se terminer de manière satisfaisante tout en laissant son protagoniste disponible pour d'autres aventures.

Une franchise n'a pas besoin de choisir entre fermeture narrative et continuité.

Elle peut proposer les deux.

Clayface pourrait donc rester un film d'horreur complet, même si Matt Hagen apparaît un jour dans un ensemble plus vaste.

Cette possibilité illustre la stratégie du studio sans annoncer de scénario futur.

Une stratégie qui devra convaincre dans la durée

La défense des histoires indépendantes ne garantit pas automatiquement leur qualité.

Chaque production doit encore trouver un réalisateur, des interprètes, un scénario et une identité visuelle capables de convaincre.

Un film autonome peut être raté.

Un crossover peut être réussi.

La distinction ne permet donc pas d'établir une hiérarchie artistique définitive entre les deux formats.

La stratégie de James Gunn doit plutôt être évaluée sur sa capacité à soutenir des œuvres différentes sans perdre la cohérence de l'ensemble.

Il faudra également observer la manière dont DC Studios organise la compréhension de sa continuité.

Un spectateur occasionnel doit pouvoir découvrir une production sans être immédiatement perdu parmi les références.

Les amateurs qui suivent tous les films et séries souhaitent, de leur côté, retrouver des connexions intéressantes.

Maintenir ces deux possibilités constitue un défi important.

Gunn affirme que le studio ne cherche pas à imposer la même fonction à toutes ses productions.

Reste à voir comment cette ambition se traduira dans les prochaines sorties.

James Gunn veut changer la question posée à chaque film DC

Au fond, les déclarations du 24 octobre portent moins sur l'avenir d'un personnage précis que sur la manière de regarder une franchise.

Depuis que les univers partagés occupent une place centrale à Hollywood, les spectateurs ont appris à rechercher les indices de la prochaine étape.

Chaque apparition peut être interprétée comme une promesse.

Chaque personnage secondaire peut devenir le candidat d'une nouvelle série.

Chaque scène finale peut sembler annoncer un projet futur.

James Gunn ne souhaite pas supprimer cette dimension.

Il rappelle simplement qu'elle ne doit pas effacer le plaisir de découvrir une histoire présente.

Clayface peut être apprécié comme un film d'horreur.

Superman peut développer une saga plus directement connectée.

Lanterns et Peacemaker peuvent explorer d'autres genres et d'autres personnages.

Toutes ces œuvres peuvent appartenir au DCU sans avoir exactement la même mission.

C'est la philosophie que Gunn souhaite installer : un univers partagé n'a pas besoin d'être une seule histoire découpée en plusieurs produits.

Il peut devenir un espace où plusieurs histoires existent simultanément, parfois séparément, parfois ensemble.

Et pour le patron de DC Studios, la première question à poser devant un nouveau film devrait être beaucoup plus simple que celle du prochain crossover : est-ce une histoire qui mérite d'être racontée ?