Mi-ok marche dans une rue en chantant. Elle sourit, mais quelque chose dans son expression semble résister à la légèreté de la chanson. Quelques images plus tard, la même femme pleure devant une caméra. Une autre femme l'observe, visiblement émue. Entre elles se dessine une proximité dont on ne sait pas encore si elle tient de l'amitié, de la fascination ou d'un déséquilibre plus profond.

Ce sont quelques-uns des moments choisis par Netflix pour présenter la bande-annonce finale de Possible Love, publiée le 20 octobre 2026. Lee Chang-dong n'y promet pas de grande révélation spectaculaire. Il laisse plutôt circuler le doute entre quatre personnages, deux mariages et des existences qui ne devraient pas nécessairement se croiser.

Le film arrive précédé d'une réputation considérable. Présenté en compétition à la 83e Mostra de Venise, il y a remporté le Lion d'argent, Grand prix du jury. La Corée du Sud l'a également sélectionné pour la représenter dans la catégorie du meilleur film international aux Oscars 2027. Cette candidature nationale ne garantit évidemment pas une nomination définitive.

Et puis il y a l'attente. Depuis Burning, sorti en 2018, Lee Chang-dong n'avait plus réalisé de long-métrage. Son retour prend la forme d'une histoire de couples, de cinéma documentaire et de classes sociales, avec Jeon Do-yeon, Sul Kyung-gu, Cho Yeo-jeong et Zo In-sung.

Deux couples séparés par bien davantage que l'argent

Mi-ok, interprétée par Jeon Do-yeon, vit avec son mari Ho-seok, joué par Sul Kyung-gu, et leur jeune fils Cheol. Le couple porte les conséquences d'un licenciement ancien. Ho-seok a perdu son emploi, et les années qui ont suivi ont laissé des traces sur leur vie quotidienne comme sur leur relation.

En face, Ye-ji et Sang-woo appartiennent à un milieu nettement plus favorisé. Elle, incarnée par Cho Yeo-jeong, réalise des documentaires. Lui, joué par Zo In-sung, partage une existence confortable dont les difficultés semblent d'abord très éloignées de celles de Mi-ok et Ho-seok.

Leurs chemins se croisent lorsque Ye-ji entreprend de filmer un documentaire consacré à des travailleurs licenciés. Mi-ok accepte de participer au projet. Cette décision ouvre une relation entre les deux femmes, mais fait aussi entrer les deux couples dans une intimité réciproque qu'aucun d'eux ne maîtrise vraiment.

La dernière bande-annonce insiste particulièrement sur cette proximité. Ye-ji propose notamment aux deux couples de partir ensemble en vacances. Dans un autre contexte, l'invitation pourrait ressembler à une simple tentative de rapprochement. Ici, les regards, les silences et les souvenirs qui surgissent donnent plutôt l'impression que chacun transporte des choses qu'il préférerait ne pas exposer.

Le documentaire devient ainsi un élément déterminant du récit. Qui filme qui ? Que choisit-on de montrer ? Et que devient la relation entre une personne qui raconte sa propre vie et une autre qui dispose du pouvoir de la transformer en images ?

Lee Chang-dong s'intéresse depuis longtemps à ces zones de friction entre expérience intime et réalité sociale. Possible Love semble retrouver cette préoccupation en l'installant directement au cœur des rapports entre les personnages. La caméra de Ye-ji rapproche les deux femmes, tout en rappelant l'inégalité de leurs positions respectives.

Jeon Do-yeon retrouve Lee Chang-dong, dix-neuf ans après Secret Sunshine

La présence de Jeon Do-yeon donne une dimension particulière à ce retour. L'actrice avait remporté le prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes 2007 pour Secret Sunshine, autre film de Lee Chang-dong, où elle incarnait une femme confrontée à une souffrance que son entourage ne savait pas comprendre.

Possible Love ne raconte pas la même histoire. Mi-ok n'est pas le personnage de Secret Sunshine vieillissant avec les années. Mais l'association de cette actrice et de ce réalisateur réveille le souvenir d'un cinéma dans lequel les gestes ordinaires pouvaient devenir presque insoutenables.

La bande-annonce finale accorde justement une grande place au visage de Jeon Do-yeon. On la voit chanter, sourire, retenir quelque chose, puis se défaire devant la caméra. Netflix insiste sur le contraste entre l'apparente douceur de certains moments et les années de souffrance accumulées depuis le licenciement de Ho-seok.

Sul Kyung-gu interprète ce mari dont le passé continue de peser sur le présent. Cho Yeo-jeong, connue notamment pour Parasite, occupe un rôle intéressant dans ce dispositif puisqu'elle incarne une femme qui observe les autres tout en participant elle-même à leurs troubles. Zo In-sung complète le quatuor dans le rôle de Sang-woo.

Le film repose donc sur quatre personnages capables de modifier le regard porté sur les trois autres. C'est particulièrement visible dans les images de la bande-annonce : un sourire peut être accueilli avec tendresse dans un plan, puis sembler presque suspect dès que le montage révèle la réaction de quelqu'un d'autre.

Une famille réunie sur le seuil de sa maison dans Possible Love

Huit années de silence après Burning

La dernière fois que Lee Chang-dong avait présenté un nouveau long-métrage, c'était Burning en 2018. Adapté d'une nouvelle de Haruki Murakami, le film réunissait Yoo Ah-in, Steven Yeun et Jeon Jong-seo autour d'une disparition et d'un mystère que le cinéaste refusait de résoudre simplement.

Possible Love emprunte apparemment un autre chemin, plus explicitement ancré dans la vie conjugale et les rapports de classe. Pourtant, les deux œuvres semblent partager un intérêt pour ce que les personnages ne disent pas et pour la violence silencieuse des écarts sociaux.

Le retour du réalisateur n'est pas né d'une volonté de retrouver rapidement les plateaux. Dans une présentation publiée par Netflix en septembre, Lee Chang-dong expliquait avoir besoin d'être certain du sens d'un film avant de pouvoir le réaliser. Cette exigence aide à comprendre pourquoi son activité de cinéaste connaît de longues interruptions.

Son parcours reste singulier. Green Fish, Peppermint Candy, Oasis, Secret Sunshine, Poetry et Burning composent une filmographie relativement courte au regard de sa carrière, mais dont les œuvres ont marqué les grands festivals internationaux.

Possible Love prolonge désormais cette histoire avec une distinction importante : le Grand prix du jury obtenu à Venise en septembre 2026. Le festival a ainsi récompensé le film avant même sa diffusion sur Netflix, et non simplement salué le retour de son auteur.

Un film sur la classe sociale, mais aussi sur celui qui raconte les autres

Le choix d'une documentariste parmi les personnages principaux n'a rien d'anodin dans une histoire consacrée aux différences de condition sociale. Ye-ji s'intéresse à la vie de personnes frappées par le chômage. Elle cherche à en conserver une trace, à en faire un film, peut-être à mieux comprendre leur expérience.

Seulement, cette démarche lui donne une place ambiguë. Elle entre dans l'existence d'un autre couple avec sa caméra, ses questions et sa propre position sociale. En face, Mi-ok et Ho-seok ne disposent pas nécessairement de la même liberté de raconter leur histoire.

La nouvelle bande-annonce accentue cette ambiguïté. Lorsque Mi-ok pleure devant l'objectif, le spectateur voit aussi Ye-ji réagir à ce qu'elle filme. L'émotion existe simultanément devant et derrière la caméra. Il devient difficile de savoir où finit la relation documentaire et où commence une proximité plus personnelle.

Le scénario s'organise également autour de désirs cachés et d'attirances incertaines. Mi-ok paraît notamment troublée par Sang-woo, tandis que les deux femmes développent un lien qui dépasse leur collaboration initiale.

Il serait pourtant réducteur de présenter Possible Love comme un simple drame d'infidélité. Les informations officielles insistent davantage sur le passé des personnages, leurs conditions de vie et les émotions longtemps contenues. La manière dont Lee Chang-dong relie ces éléments constitue précisément l'une des grandes curiosités du film.

Une sortie au cinéma avant Netflix, et une place dans la course aux Oscars

Possible Love a déjà entamé sa carrière publique. Après sa présentation à Venise et son passage dans plusieurs festivals, le film est sorti en Corée du Sud le 23 septembre 2026. D'autres sorties en salles sont annoncées en Australie le 22 octobre, puis notamment aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni, en Irlande et au Japon le 23 octobre.

Le 6 novembre 2026, il sera disponible mondialement sur Netflix. Cette date est confirmée par la plateforme. Aucun lancement français en salles distinct de la diffusion Netflix n'est établi par les annonces consultées.

Le film représente officiellement la Corée du Sud dans la procédure de sélection du meilleur film international pour la 99e cérémonie des Oscars. Ce statut correspond au choix national effectué en amont de la compétition, pas à une nomination déjà obtenue.

Netflix accompagne cette sortie en élargissant également l'accès à plusieurs films précédents de Lee Chang-dong dans certains pays. Green Fish, Secret Sunshine, Peppermint Candy, Oasis, Poetry et Burning figurent dans cette stratégie de mise en avant, avec des disponibilités variables selon les territoires.

Possible Love dure 164 minutes selon la base de données du Korean Film Council. Un format ample pour suivre les tensions accumulées entre deux couples, loin d'un récit conçu pour résoudre rapidement ses conflits. La bande-annonce finale est désormais publiée ; le rendez-vous mondial sur Netflix reste fixé au 6 novembre.